La méridienne de France


De quoi il s'agit

Entre 1806 et 1808, deux astronomes français, Jean- Baptiste Biot et le tout jeune François Arago, sont envoyés aux îles Baléares par le Bureau des longitudes afin de prolonger les mesures sur le méridien de Paris. Tenter de préciser la valeur du mètre, nouvel étalon de mesure récemment adopté et mettre en oeuvre la jonction géodésique avec l'île sauvage de Formentera, telle sera leur aventure, en pleine tourmente espagnole, par monts et par mers, pour fixer le terme austral de l'arc de méridien mesuré depuis Dunkerque.
L'auteur
Après des études à l'Université de Grenoble, Pierre Bayart s'installe aux îles Baléares. Il devient traducteur, puis enseignant à l'Alliance Française. Auteur d'articles sur Jules Verne et sur l'histoire maritime en Méditerranée, il collabore à la rédaction de l'Encyclopédie d'Ibiza et Formentera.
Consulter l'Enciclopèdia d'Eivissa i Formentera : http://www.eeif.es/

Bienvenue sur la méridienne bleue

Ce livre, qui s'est intitulé finalement "La méridienne de France", est consacré à l'expédition franco-espagnole menée au début du XIXème siècle en Espagne et aux Baléares. Le méridien de Paris passe aux Baléares tout près de l'île de Majorque et la Commission chargée d'en poursuivre la mesure parvient à lancer en 1806 une triangulation depuis la côte de Valence vers les îles d'Ibiza et de Formentera afin de se rapprocher de la ligne imaginaire objet de son étude.




Les opérations durent deux ans et donnent naturellement lieu à toute une série de découvertes et d'aventures. Découverte de la vie des habitants de l'archipel et de la situation explosive des relations politiques entre le gouvernement espagnol de Godoy et Napoléon. François Arago en rapporte une partie dans ses Mémoires ainsi que nombre d'anecdotes pittoresques. La correspondance de Jean-Baptiste Biot fournit plus de détails sur le déroulement des travaux scientifiques tout en brossant le tableau d'un jeune savant français exilé dans un archipel inconnu et devant affronter maints dangers de la mer et de la nature humaine.
Les années 1806, 1807 et 1808 sont celles des débuts de l'Empire de Napoléon Ier, de la guerre en Europe contre la Prusse et la Russie sur le continent, et en mer bien sûr contre l'Angleterre. Le printemps 1808 verra l'entrée massive de troupes françaises en Espagne et les protagonistes de l'expédition géodésique, pris dans la tourmente des événements, contraints d'abandonner les travaux tout en sauvant malgré tout l'essentiel des résultats. La concomitance des dates ne laisse encore aujourd'hui d'être interrogée afin d'élucider les objectifs exacts de la présence de deux savants-agents français "largués" aux Baléares puis à Alger alors qu'une partie essentielle se joue pour Napoléon sur le continent et en Méditerranée.




























[Ces deux images représentent la maison située au sommet de l'île de Formentera où se déroulèrent les opérations de mesure de sa latitude en tant qu'extrémité de l'arc de méridien de Paris établi depuis Dunkerque à 51° 2' 10" N jusqu'en ce point de Formentera à 38° 39' 56". François Arago, qui effectua ces mesures au cours de l'hiver 1807-1808 en compagnie de José Rodriguez et Jean-Baptiste Biot, habita cette maison durant les quatre mois que durèrent les travaux.]





Qu'est-ce que la méridienne bleue?





On a beaucoup parlé en l'an 2000 de la méridienne verte et du projet réalisé par Paul Chemetov de créer un alignement végétal susceptible de visualiser le tracé du méridien de Paris à travers toute la France. On planta des arbres depuis Dunkerque jusqu'à Prats de Mollo dans les Pyrénées Orientales, à la frontière espagnole.
L'Espagne ne s'étant malheureusement pas associée au programme, on regretta de ne pouvoir poursuivre plus au sud et rejoindre Barcelone d'une belle bande de verdure sur les terres jaunes et rouges de la Catalogne. Le méridien continue pourtant, jusqu'à la mer, jusqu'à la plage du Masnou, aux portes de la capitale. C'est là que commence la méridienne bleue.





Le grand arc sud de la méridienne bleue fut achevé en 1879 grâce à la jonction géodésique des côtes d'Andalousie avec l'Algérie. Deux stations furent créées au mont Filhaoussen, proche de la frontière marocaine et au M'Sabiha qui domine la baie d'Oran.

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Le méridien de Paris mesuré de Dunkerque jusqu'à Formentera, aux îles Baléares






La mesure de cet arc de méridien long de 12º 22' 14" fut terminée au printemps de 1808. En établissant le triangle Ibiza-Formentera-Majorque, François Arago, Jean-Baptiste Biot et José Rodriguez achèvent la mesure commencée en 1792 par Pierre Méchain et Jean-Baptiste Delambre. Ces deux astronomes avaient alors calculé la portion située entre Dunkerque et Barcelone qui avait permis en 1799 la création du système métrique.
On voit sur cette carte l'emplacement du 45ème parallèle croisant l'arc de méridien pratiquement en son milieu. La théorie géodésique affirmait en effet que si l'arc de méridien était symétrique par rapport au 45ème parallèle, équidistant du pôle et de l'équateur, on pouvait faire abstraction dans les calculs de l'aplatissement de la Terre aux pôles.


Le bouquet d'arbres est situé à l'intersection du méridien et du 45e parallèle. Photo AMAC

Proche de l'intersection de ces deux lignes imaginaires, se trouve dans le département de l'Aveyron, la petite ville d'Ayrens. Lors de la création de la Méridienne verte en l'an 2000, la mairie d'Ayrens fit planter à ce point exact deux lignes d'arbres se croisant, formant ainsi une croix astronomique de verdure, à la même longitude que Paris et à égale distance du pôle nord et de l'équateur. L'association AMAC y organise une réunion annuelle en collaboration avec l'ESGT du Mans et des animations en rapport avec l'astronomie.

A la même longitude que Paris, donc, mais aussi que Dunkerque, Amiens, Montluçon, Bourges, Mauriac en Auvergne, Mazamet, Carcassonne, Peyrolles dans l'Aude, l'île de la Dragonera près de Majorque, Alger, El Goléa ou Parakou au Bénin. .........................................................................................................................................................................


Trois méridiens remarquables: les méridiens de Cadix, de Greenwich et de Paris. L'Espagne, l'Angleterre et la France, chaque puissance maritime avait autrefois son propre méridien, utilisé pour situer à la surface du globe la position de ses navires, la longitude des ports visités puis celle de ses colonies. Le nombre et l'importance de celles-ci dans le cas de l'Angleterre, en particulier l'Inde et les Etats-Unis, fit que l'usage du méridien de Greenwich fut définitivement adopté à l'échelle mondiale à la fin du XIXème siècle. Y fut également associé le système des fuseaux horaires, calculés à partir du méridien de l'observatoire londonien.

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L'îlot de la Dragonera, à quelques milles de la côte ouest de Majorque, en face d'Andraix, se trouve situé exactement sous le méridien de Paris.

Le petit bateau assurant la navette entre la côte et le Parc Naturel que Dragonera est devenue porte le nom de Francesc Arago. Le 7 juin 2008, a eu lieu l'installation d'une stèle marquant le passage du méridien de Paris ainsi qu'une conférence de Pierre Bayart devant la maison du Parc. Un retour sur l'expédition de François Arago et de son déplacement d'Ibiza à Mallorca en avril 1808, ainsi que la lecture d'un fragment du roman Hector Servadac de Jules Verne, sur proposition de Marti Mayol, le directeur et protecteur des oiseaux du Parc






information sur le bicentenaire /sobre el bicentenari en juny 2008 :

voir/vegeu : http://www.ocb.cat/





et aussi / i també : http://www.xeix.org/





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Jules Verne a-t-il habité à la Mola de Formentera ?






La question se pose depuis que des habitants de l'île ont découvert que Formentera est présente dans le roman Hector Servadac, écrit en 1867. Un astronome, Palmyrin Rosette, y vit retiré dans un observatoire ressemblant fort à celui où résidèrent les envoyés du Bureau des longitudes en 1808. Dans un autre roman de Verne, Aventures de trois Russes et trois Anglais en Afrique australe, les mêmes opérations géodésiques sont décrites en détail.
Il se trouve que Verne fut l'ami de Jacques Arago, frère de François qui lui procura toute la documentation se référant à l'expédition de 1806-1808 aux Baléares. Verne fut de tout temps passionné par les faits scientifiques de son époque et s'attacha à les faire entrer dans son oeuvre.
L'île de Formentera est le seul lieu hors de France à compter d'un monument à la mémoire de Jules Verne. Il se trouve situé près du phare de la Mola à quelque 4 km de la Talaiassa où eurent lieu les mesures du méridien.

http://www.jules-verne.net/

































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L'Observatoire de Paris sous la Grande Ourse






gravure de JM Cazin 1908 (Obs. de Paris)








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Où le méridien traverse la ville de Paris
















Cent trente-cinq médaillons de bronze portant le nom de François Arago et l'orientation nord et sud du tracé du méridien sont scellés dans le sol parisien afin de commémorer la mesure opérée par Arago durant les années 1806-1808. Ces médaillons de douze centimètres de diamètre et l'idée de les répartir à travers Paris sont l'oeuvre du plasticien hollandais Jan Dibbets (Amsterdam, 1941). Ils viennent remplacer la statue d'Arago dressée en 1893 près de l'Observatoire et qui avait disparu durant la seconde guerre mondiale.





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Une stèle marque l'extrémité de l'arc à Dunkerque



Dans le parc du fort de Petite-Synthe, près du port de Dunkerque, ce monument marque l'extrémité nord de l'arc de méridien mesuré jusqu'à Formentera en 1808. Il fut érigé pour commémorer les opérations de prolongation vers le nord des mesures effectuées en 1818 par des géodésiens anglais et français. L'arc de méridien considéré depuis 1808 entre Formentera et Dunkerque, fut alors prolongé jusqu'à l'île d'Unst, au nord des îles Shetland, en Ecosse. Le nom de Jean-Baptiste Biot, qui participa à ces travaux est inscrit sur la stèle.









(photo Nicolas Fournier, Mairie de Dunkerque)




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Passage du méridien à Carcassonne







(photo Ed. Flohic)












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Parc de Glories à Barcelone où ce monument représente l'arc de méridien entre Dunkerque et Barcelone (Masnou) et la courbure de la Terre à l'échelle 1/35 000. Au premier plan, la mer Méditerranée, puis les Pyrénées, et au fond Dunkerque. Photo de Carles Puig



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Revue Histoire et mesure



Nous saluons le professeur Guy Boistel, son travail et la revue qu'il dirige, "Histoire et mesure", consacrée à l'histoire des pratiques de mesure et des instruments de mesure et de stastitiques. Cette revue a eu la gentillesse de s'intéresser à "La Méridienne de France et l'aventure de sa prolongation jusqu'aux Baléares" et d'en publier une recension sous la plume de Mme Colette Lelay.

Lien vers l'article

Après avoir feuilleté le livre et y avoir trouvé beaucoup de défauts et même quelques erreurs, Madame Lelay semble cependant contente d'avoir lu les longues citations de J.-B. Biot, en particulier certaines lettres écrites durant les opérations, qu'elle ne connaissait pas. Nous ne pouvons que conseiller à Mme Lelay de relire la quatrième page de couverture de l'ouvrage afin de bien comprendre le point de vue divulgatif de notre projet, destiné à un public le plus large possible, en n'adoptant peut-être pas toujours l'attitude de sérieux habituellement donnée à ce genre d'ouvrage.